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La Prophétie des Cinq Tribus, tome 1, chapitre 1 [Premier jet]

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Et nous y voilà enfin, oui ^^
Après le prologue, voici le chapitre 1. Bonne lecture :D Et d’avance désolé pour les possibles problèmes de typo en vrac x)

———————-

Les gardes ne cessaient pas de frapper leur prisonnier, qui restait au sol, subissant les coups de pied au ventre et au visage. Du sang maculait son visage, mais il gardait la bouche fermée malgré la douleur, serrant les dents pour ne pas faire à ses bourreaux le plaisir d’entendre ses hurlements. Après de longues minutes à subir ce traitement, le jeune voleur fut relevé sans ménagement, alors qu’un officier s’était approché des gardes. Ses paroles étaient à peine compréhensibles, mais le captif réussit à saisir qu’il était temps, devant son acharnement à ne rien dire, de l’envoyer en cellule et d’arrêter de s’amuser. Les gardes le traînèrent alors, les pieds qui raclaient le sol et en soulevaient la poussière, jusqu’à ce qui serait désormais son domicile jusqu’à nouvel ordre. Le prisonnier fut violemment jeté à l’intérieur de ce qui ressemblait plus à un placard qu’à une cellule, le visage écrasé au sol. Le goût du sang dans sa bouche le réveilla, et il se releva lentement en crachant un peu du liquide rouge vital. Le visage tuméfié et ensanglanté, des douleurs sur tout le corps, chaque mouvement devenait une torture pour lui. Il se laissa tomber sur la pelure miteuse et remplie de poux tellement gros qu’on les voyait sans effort, espérant dormir un tant soit peu confortablement, malgré l’odeur persistante qui tenait de l’excrément. « Les précédents locataires n’ont pas vraiment pris soin de l’endroit » pensa-t-il. Sa plaisanterie vaseuse le fit rire tout seul avant de s’endormir tant bien que mal.

Une visite inattendue surprit le prisonnier au beau milieu de la nuit. Le geôlier était accompagné d’une jeune femme et venait le libérer. La femme était impossible à identifier, avec son visage caché sous une capuche.

Tu es libre, dit le geôlier. Tu peux sortir.

Hein ? Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Ferme ta gueule et viens par là, dit la jeune femme en lui prenant le bras avant de s’engouffrer vers la sortie. Tiens, voilà ton équipement.

Le duo sortit sans encombre du pénitencier, sans partager un mot. Les gardes les regardaient à peine sortir. Après quelques minutes de marche, le prisonnier et l’inconnue arrivèrent dans les ruelles de Drakenhar. La pleine lune éclairait faiblement la ville, mais la jeune femme semblait voir dans la nuit, tant elle marchait d’un pas assuré. Le prisonnier s’arrêta soudain pour lui parler.

Mais qui es-tu, au fait ? Tu arrives dans la citadelle, tu me fais libérer sans que ça semble gêner personne, et je te suis à travers la ville sans trop savoir pourquoi exactement. Enfin, si, pour comprendre un peu ce qu’il se passe. Mais à part ça…

Ne peux-tu donc pas te taire, Jon Sheïmon ? Tu sauras tout en temps voulu, l’impatience ne te mènera nulle part. D’ici là… La ferme !

Les deux compagnons reprirent la marche forcée à travers les petites rues sales et sombres de la capitale de l’empire de Kär Draken. L’inconnue amena Jon, qui se demandait encore comment elle le connaissait, vers une maison enclavée au cœur d’un quartier pauvre. À l’intérieur, on pouvait voir, éclairés par la lueur des bougies, deux hommes étudiant une carte et un vieux livre, qui ne se tournèrent pas vers Jon à son arrivée. Le premier, debout avec le livre dans les mains, avait la cinquantaine bien tassée et le cheveu grisonnant. Sa courte barbe finement taillée et ses lunettes carrées indiquaient quelqu’un d’assez éduqué et aisé, peut-être même noble. Sa longue tunique et ses bottes de cuir aidaient à valider cette hypothèse. Son compagnon, quant à lui, semblait plus jeune, mais il était difficile pour Jon d’affirmer quoi que ce soit, ne voyant pas son visage. Tout juste discernait-il une chevelure brune assez longue qui laissait à peine voir une épée courbée et un arc accrochés au dos de l’homme. « Sans doute un Jäger… » pensa Jon, qui aurait préféré que son hypothèse se révèle fausse ; il avait vu assez de l’arrogance des Jägers pour sa vie entière, d’autant que les histoires sur leur compte n’étaient guère engageantes non plus, même s’il ne les avait jamais vérifiées par lui-même.

L’homme plus âgé se tourna finalement vers lui et la jeune femme. Malgré des traits fatigués, son regard gris était encore perçant. Le livre encore ouvert dans la main gauche, il esquissait un sourire de soulagement en direction de la compagne forcée de Jon.

Bonsoir, Cara, dit-il alors. Ravi de te revoir entière. Je vois que tu as un invité avec toi, j’en déduis que ta mission a été un succès. Alors, voici notre homme ?

Je te présente Jon Sheïmon, un petit voleur à la langue bien pendue.

L’homme s’approcha de Jon et lui tendit la main ; le voleur lui tendit la sienne en retour.

Enchanté, Jon, dit l’homme. Puisque cette chère Cara manque à presque toutes les règles de politesse, comme à son habitude, laisse-moi donc faire les présentations. Je m’appelle Konrad Pittecker et, comme tu l’auras sans doute deviné, je passe ma vie à étudier d’antiques manuscrits en tout genre. La charmante demoiselle aux manières si raffinées qui t’a amené ici et qui a déjà disparu a pour nom Cara Marlan.

Cara haussa la tête de sa table à l’évocation de son nom, avant de disparaître à nouveau dans l’étude de ses parchemins.

Quant à notre ami encore moins poli que Cara, ce que je croyais assez impossible, reprit Konrad, il s’appelle Herlen. Et avant que tu ne poses la question : non, nous ne lui connaissons pas de nom de famille.

Herlen leva la main gauche en guise de salut, sans prendre la peine de se retourner ou de dire le moindre mot. À côté de lui, Cara passait effectivement pour un modèle de bonnes manières. Jon était bien incapable de dire ce qui pouvait le maintenir aussi concentré sur son livre, mais il finit par penser, après ce que lui avait dit Konrad, que c’était simplement sa façon d’être et ne chercha pas plus loin.

— Et donc, j’ai vos noms, mais vous êtes… ? Demanda timidement Jon.

— Par les Dieux ! Nous manquons en effet à tous nos devoirs ! S’exclama Konrad. Cara te sort de cellule, t’amène jusqu’à nous, et nous nous contentons de nous présenter. Avant de te répondre, permets-moi de te poser une question à mon tour, Jon. Elle est importante pour saisir ce que nous faisons.

Jon hocha lentement la tête de haut en bas en signe d’acquiescement, se demandant toutefois ce que Konrad allait bien pouvoir lui dire de si important. Après tout, ils ne faisaient que lire des livres et des cartes ; seuls les pouvoirs de Cara et les armes d’Herlen laissaient envisager qu’ils pouvaient être autre chose qu’un petit groupe de curieux avides de connaissances. Peut-être s’étaient-ils attirés les foudres des gardes impériaux au détour d’une escapade en ville ou dans de quelconques ruines.

Konrad ôta ses lunettes et plongea littéralement son regard gris dans les yeux de Jon, puis passa sa main sur sa barbe, comme s’il réfléchissait à quelque chose tout en observant le jeune voleur. Après quelques secondes d’interminable silence, il commença à parler.

— Alors, dis-moi, Jon, connais-tu l’histoire de Gerwan et d’Ormas le Destructeur ?

— Tout le monde connaît cette histoire, répondit rapidement Jon. Gerwan a libéré le royaume de Palavir de l’emprise d’Ormas. Qu’y a-t-il de plus à dire, à part que ce royaume est désormais l’élément central du Saint Empire Drakenite ? Nous avons chassé un tyran pour, à terme, en accueillir un autre.

Cara ne put s’empêcher de laisser entendre un petit rire narquois à ce rapide résumé de Jon. Herlen, de son côté, semblait toujours autant de marbre, concentré sur son vieux livre. Quant à Konrad, il esquissait un sourire laissant clairement entendre à Jon qu’il avait encore beaucoup à apprendre.

— Ce succinct résumé conviendrait sans doute à un précepteur ennuyeux dont tu serais désireux de te débarrasser rapidement, mais il y a beaucoup plus à savoir au sujet de ce moment important du passé du royaume… Aussi vais-je prendre le temps de te raconter quelques petits choses à ce sujet, ce qui nous mènera par la suite aux recherches de notre groupe.

— Tu perds ton temps, Konrad. Cet âne ne sait que parler, pas écouter, intervint Cara.

— Nous verrons cela, Cara, répondit calmement l’érudit en faisant signe à Jon de ne pas réagir. Rassure-toi, Jon, je vais t’épargner les détails ennuyeux que tout le monde connaît ici et me contenter de te parler des éléments que tu dois savoir.

Au triomphe de l’Usurpateur

Débutera l’ère du Libérateur

Marqué du Sceau des Anciens

Il sera connu comme assassin

Du fond des fosses antiques

Reviendra l’arme démoniaque

Le trône vacant sera

Et un nouvel ordre s’élèvera

Konrad énonça ce poème puis attendit en fixant Jon. Voyant que celui-ci ne dégageait aucune réaction, il soupira et reprit la parole.

— Ceci était la prophétie que les cinq tribus des terres du sud ont énoncée quand Ormas le Destructeur renversa le roi Vernon et s’empara de Palavir. Elle annonçait, comme tu t’en doutes, la victoire de Gerwan. Toutefois, ton absence de réaction à ma sublime déclamation…

— Oh, oui, on aurait presque oublié tes talents de poète et de conteur…

— Ton absence de réaction, disais-je avant d’être sauvagement interrompu par une demoiselle sans éducation, montre clairement une chose. Les textes historiques ne parlent pas de la prophétie. D’ailleurs, parlent-ils seulement de la vie de Gerwan avant qu’il mène la rébellion et tue Ormas ?

Jon secoua la tête négativement à cette question.

— Exactement, Jon. On ne sait rien de lui. Tout simplement parce que la plupart des gens ne veulent pas qu’on en sache autre chose que ce que l’Histoire en a fait, un héros sans peur et sans reproche, qui s’est battu pour la liberté, et est mort paisiblement. Mais s’ils savaient les détails…

— Ils le renieraient, c’est ça ?

— Peut-être pas, mais ils prendraient conscience de ce qu’il a fait pour libérer le royaume… Et que ses intentions n’étaient peut-être pas aussi pures que ce qui nous est appris…

Jon leva un sourcil devant l’affirmation de Konrad. Il lui était difficile d’imaginer que Gerwan n’était pas un héros qui aurait simplement été prêt à se sacrifier pour la liberté. Konrad continua son cours d’Histoire pour un Jon qui avait de plus en plus de mal à croire ce qu’il entendait. Notamment quand Konrad en arriva aux détails…

— Attendez… J’ai bien compris ce que je viens d’entendre ? Vous accusez Gerwan d’avoir en fait conspiré pour prendre lui-même le pouvoir ? Au prix de la pratique de la nécromancie ? Mais qu’est-ce que c’est que ce ramassis d’âneries ?

— Juste la vérité, Jon. La seule et unique, celle que tu ne verras jamais dans les livres d’Histoire. Sauf les plus officieux et décriés, évidemment. Si tu veux en savoir plus, n’hésite pas à consulter tout ce que nous avons sous la main.

Jon se leva brutalement.

— Non. Non, c’est impossible. Je crois que vous êtes juste une bande de cinglés. Et après Gerwan qui n’était qu’un mégalomane avide de pouvoir, vous allez m’annoncer qu’une autre prophétie a été faite pour dire qu’un autre héros va tuer Draken, c’est ça ? Je vais aller voir ailleurs si j’y suis, moi, hein…

Ne laissant à personne le temps de réagir, Jon sortit à la vitesse de l’éclair en claquant la porte. Konrad resta bouche bée, rejoint par Cara.

— Je te l’avais dit… Un âne bâté.

— Une vraie tête de mule, en effet, mais qui devra bien céder devant la vérité… De plus, les sorciers de Draken doivent connaître la nouvelle prophétie ainsi que l’existence de Jon… Il faut que tu le ramènes, Cara. Herlen, il serait de bon ton que tu la couvres.

— Moi ? Et pourquoi devrais-je le ramener ?

— Parce qu’il nous le faut et que je ne suis pas un homme d’action. Allez, faites vite. De mon côté, j’organise le départ. Je crains que l’on doive rapidement quitter Drakenhar…

Cara sortit en maugréant, suivie de Herlen qui ne laissait toujours pas échapper le moindre mot, ni la moindre émotion. L’improbable duo laissait Konrad à la préparation d’un départ en urgence, prêt à emmener les informations nécessaires et de quoi survivre.

À l’extérieur, les rues de Drakenhar étaient plongées dans l’obscurité totale. Jon errait sans but précis, si ce n’est celui d’éviter les gardes et de s’éloigner autant que possible de Konrad, Cara, et Herlen. Il avait déjà repéré le manoir isolé aux abords de la ville et s’y dirigeait tout droit. « Rien de mieux que le travail pour oublier une journée de merde » pensa-t-il. Aucune lumière n’émanait du bâtiment, aucun garde ne semblait le surveiller, la cible était parfaite. Jon enfila son masque et sa capuche, et marcha vers la fenêtre. Celle-ci ne tarda pas à craquer sous la lame du voleur, lui permettant d’entrer discrètement.

Une fois à l’intérieur, Jon prit le temps de faire le tour du bâtiment et d’emporter tout ce qu’il pouvait mettre dans son sac. Après une petite visite au garde-manger, Jon ressortit tranquillement par où il était entré, accueilli par une main sur son épaule. Surpris, il fit rapidement volte-face et se retrouva au sol, à la merci de ses interlocuteurs. Les visages masqués par la nuit, ceux-ci, au nombre de trois, avaient encerclé Jon, lui empêchant toute fuite. L’inconnu juste devant Jon le saisit par le cou et le força à se tenir debout devant lui. « C’est pas vrai, je vais encore me faire tabasser, pensa-t-il alors… Vraiment une journée foirée d’un bout à l’autre… »

— Alors, c’est ça, l’héritier de la légende ? Tu parles d’une menace. Un pauvre idiot doublé d’un cambrioleur raté. C’est ça qui fait peur au Saint Empereur et ses sorciers ?

L’inconnu balança Jon au sol sans ménagement et lui cracha au visage, pour bien lui signifier tout son mépris.

— Certes, il ne paie pas de mine, intervint l’un des deux autres agresseurs. Mais si les Seigneurs Sorciers ont vu qu’il allait être une menace, c’est que ça arrivera. Sauf si on règle le problème tout de suite… Après tout, on a été assez grassement payé pour débarrasser le Saint Empereur de ce maraud, non ?

Les membres du trio sortirent alors leurs lames de leurs fourreaux, prêts à frapper. Le métal brillait sous la lumière de la lune, dévoilant les sourires sadiques des meurtriers. C’est à ce moment qu’une flèche surgit de nulle part droit dans la gorge de l’un des trois agresseurs, qui s’écroula sur place avec de l’écume sanglante aux lèvres. Un autre vit sa vie s’achever de façon brutale par une congélation instantanée, avant d’être brisé en morceaux par un bâton de combat. Jon profita de la confusion pour dégainer son épée courte et l’enfoncer dans le torse du troisième agresseur. L’action ne dura pas plus d’une minute et fut extrêmement violente, comme pouvaient le prouver les traces de sang au sol.

— Tu nous crois, maintenant, Sheïmon ?

Encore sous le choc de l’assaut, Jon ne réalisa pas vraiment que l’on s’adressait à lui. Ce n’est que quand la voix se fit insistante qu’il reconnut Cara, le bâton à la main, et comprit qu’elle venait de lui sauver la vie avec Herlen. Il marmonna une réponse affirmative, mais bien timide.

— Bon, il faut qu’on rejoigne Konrad immédiatement. Il avait raison, nous sommes en danger à Drakenhar. Il prépare déjà le départ, tu pourras discuter de tout ça avec lui sur la route. Herlen, tu couvres nos arrières.

— Je ne peux pas partir, dit Jon. Pas tout de suite, du moins…

— Bon sang, mais tu as vraiment de la flotte à la place du cerveau, ou quoi ? J’ai pas fait tout ça pour que tu continues à jouer les abrutis têtus. Alors, maintenant, tu fermes ta gueule et tu nous suis tranquillement selon le plan. Compris ?

Jon était bien conscient que Cara ferait ce qu’il fallait pour qu’il la suive, mais il était tout aussi déterminé à faire les choses comme il l’entendait.

— J’ai un objet à récupérer chez moi. Et je vais le faire, que cela te plaise ou pas, Cara.

Jon tourna les talons aussitôt après avoir fini sa phrase, se dirigeant droit vers sa planque au cœur de la ville.

— Ils doivent déjà être chez toi à tout retourner, sombre crétin !

— Alors ça, aucune chance, répondit Jon dans un sourire sans se retourner.

La magicienne maudissait le sale caractère du descendant de Gerwan, mais ne pouvait guère faire autre chose que le suivre. Elle fit un signe de tête à Herlen et tous deux s’engagèrent sur les pas du voleur.

Jon les mena dans les sous-sols de la ville, jusqu’à l’endroit où il avait pris ses quartiers. À leur grande surprise, personne ne semblait y avoir déjà posé les pieds, à part Jon. Les sentant étonnés, Jon leur expliqua où ils étaient.

— Les souterrains de la ville sont un labyrinthe complexe… Rien d’étonnant, c’était la prison des anciens rois, après tout. Un gros chantier, mais il n’y avait rien de plus efficace. Ni de plus sadique… Les monarques balançaient les criminels là-dedans, sans rien leur prendre. Ils arrivaient d’une ouverture placée à une dizaine de mètres du sol, puis erraient à la recherche de la sortie… Pas de gardes, on les laissait libres de leurs mouvements. Pour la majeure partie, ils mouraient de soif ou d’épuisement, ou étaient tués par d’autres prisonniers… Il n’y avait qu’une seule sortie, par laquelle on laissait passer un peu de nourriture, les jours où le roi y pensait… Et personne ne pouvait sortir par là, vous aurez remarqué que c’était très étroit, et les deux seuls gardes de l’endroit y étaient assignés…

— La prison parfaite, murmura Cara.

— En effet. Et impossible de s’y orienter sans carte. De plus, l’entrée est aujourd’hui bien cachée. Mais le plus intéressant et ironique, c’est où nous sommes actuellement. Regardez par là.

Jon pointa du doigt une petite ouverture dans la roche. Cara et Herlen s’approchèrent et découvrirent, de l’autre côté, la salle commune des gardes impériaux.

— Nous sommes sous le château ?

— En effet, Cara. Juste là où personne ne penserait jamais à chercher. Et nous bénéficions également de ses barrières magiques. Mais au vu des événements, rester ici ne serait guère que du sursis et ne résoudrait rien… Et en parlant de barrières magiques, tu ne m’as toujours pas dit comment tu avais réussi à me faire sortir…

Sans prêter attention à la réaction de Cara, Jon ouvrit un coffre caché sous sa couche et en sortit un vieil artefact, apparemment sans grande valeur ; une antique amulette représentant un serpent qui se mord la queue entourant un oiseau de feu pris dans un triangle.

— D’après mon père, cette amulette est un trésor familial qui se transmet depuis longtemps et que je devais toujours protéger.Il m’a toujours dit de ne jamais la porter ni la déplacer, sauf en cas d’extrême nécessité. Et je crois que nous sommes dans un tel cas…

— En effet, Jon, répondit Cara sans éloigner son regard des gardes. Maintenant, on rejoint Konrad.

Le trio ressortit des souterrains et se dirigea vers la maison où les attendait Konrad, qui avait trouvé un attelage pour les transporter tous les quatre, ainsi qu’un bon nombre de ses livres.

— Ah, vous êtes là. Ravi de te revoir, Jon. Il est temps de quitter cette ville et d’aller en savoir plus sur la prophétie et la lignée de Gerwan. Mais je te dirai déjà tout ce que j’en sais, il serait bien injuste que tu ignores tout de ce qui te concerne, Jon.

Le voleur sourit nerveusement à la phrase de Konrad, puis prit place à bord de l’attelage, la tête remplie de questions.

Nuit agitée…

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fantasyEt on inaugure cette nouvelle rubrique :D Principe simple, et que je suis loiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiin d’avoir créé de toutes pièces : une image, qui donne une idée, qui donne un texte. Voilà.

Et on commence donc avec ceci :D

* * * * * * * * * *

Fergen avait suivi le garçon jusqu’à l’entrée des bas-fonds de la ville. La zone était sombre, silencieuse, et peu fréquentée ; de quoi donner des sueurs froides à n’importe qui. Mais Fergen était loin d’être n’importe qui.
Le Duc avait déjà fait connaissance avec ses talents de cambrioleur, et la rumeur avait vite couru à travers tout le Duché. Loin des yeux et des oreilles des gardes, on louait le voleur qui avait défié le tyran, à tel point que le Duc dépêcha son unité d’élite, les Jaegers, à sa capture. Une capture plus facile à imaginer qu’à effectuer…

Aujourd’hui, il était là, sous la lumière de la lune, aux limites des patrouilles des gardes, prêt à entrer dans la bouche des Enfers. À cause d’un jeune garçon qui lui avait dit une étrange phrase… Ton âme est prisonnière des Ombres, avait-il déclamé, l’air absent, avant de faire signe à Fergen de le suivre. À présent, il tendait la main vers le bas des escaliers, vers l’ombre des bas-fonds.
Malgré la peur, Fergen descendit. L’attrait de l’inconnu, de possibles richesses, et l’excitation liée lui procurèrent toute la détermination dont il avait besoin. Et elle lui serait plus qu’utile devant les vérités qu’il s’apprêtait à déterrer…

Formation

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Gauche, droite, en rang par deux et que ça saute ! Une organisation bien huilée, des horaires et activités fixes, et malheur à qui sort du rang, volontairement ou non. La différence n’est pas tolérée. La pensée personnelle n’est pas tolérée. Rien ne doit dépasser du cadre défini de cette prison mentale et psychologique où on vous gave d’exercices en tout genre alors qu’on peut se demander à quoi vous serviront la plupart.

Pour ceux qui seraient un peu rebelles, des commandos formés sur le tas sauraient se charger de les remettre dans le droit chemin. La violence, psychologique et physique, et la pensée unique font loi dans ce qui s’apparente à un camp de prisonniers où chacun doit purger sa peine pendant plusieurs années. Vous n’avez rien fait, mais vous êtes coupable et condamné, et vous l’êtes encore si vous n’en sortez pas brisé. Coupable d’être vous et d’être unique, quelle que soit la manière. Coupable de ne pas suivre la masse.

Certains vous diront que c’était les plus belles années de leur vie. Bien sûr, ils étaient du bon côté de la barrière, bons petits soldats prêts à suivre tous les moutons pour ne pas se sentir lâchés par cette société qui les rassure tant sur leur normalité purement subjective.
Pour les autres, c’était un enfer permanent, entre bastonnades, harcèlement, et insultes. Nombreux étaient ceux qui finissaient par céder et plier sous la pression, devenant à leur tour des membres de cette armée de machines sans âme ni personnalité, incapables de réfléchir tant on les gavait d’informations inutiles pour qu’ils se sentent intelligents.

Il fallait bien les préparer à prendre leur rôle dans cette grande mascarade qu’on nomme la société, uniforme, sans aspérités, prompte à bouffer tous ceux qui tenteraient de lui faire perdre sa belle perfection bien lisse.
Le meilleur apprentissage du fascisme et de l’intolérance reste l’école…

War Never Changes…

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Il pleuvait ce jour-là. Ou bien étaient-ce des larmes qui perlaient sur ma joue ? Je ne sais pas, je ne sais plus… Je me souviens seulement de ce que j’ai fait, de ce que j’ai pensé, de comment j’ai hurlé intérieurement. On enterrait un combattant, un ami, un frère, celui qui m’avait sauvé la vie sous les balles de l’ennemi. J’avais envie de leur dire le fond de ma pensée en plus de tout le bien que je pensais de lui, mais je ne pouvais pas. J’étais paralysé. Paralysé par l’idée de bafouer sa mémoire, de bouleverser leur quotidien et l’image qu’ils avaient de nous. Mais ça leur aurait fait du bien, sans aucun doute…

À quoi pensaient-ils, alors que le cercueil descendait ? Il faudrait le leur demander, mais ça devrait osciller entre la tristesse de perdre un proche et la fierté de le voir partir au combat, en héros, et pas en lâche. Je ne peux guère leur en vouloir. Après tout, c’est pour ça qu’on était partis, pour arranger les choses. On pensait libérer un pays, revenir en héros, et reprendre une vie normale comme s’il ne s’était rien passé. Ah, ça, l’armée sait vendre son image pour recruter, entre les salaires, les débouchés, les codes visuels du jeu vidéo… Mais la réalité, elle, a tendance à venir frapper par derrière quand on ne s’y attend plus.

La fleur est vite descendue du fusil, je peux vous le dire. L’Enfer n’est rien à côté de ce qui a pu être vu sur les champs de bataille. Partout, les cadavres poussaient littéralement, la haine et la tristesse se déversaient dans chaque rue, et nous, on faisait ce qu’on pouvait pour limiter les dégâts, alors que tout ça nous corrompait de plus en plus…
Les belles idées de départ ? Lentement oubliées et proprement exécutées quand on a nous a fait comprendre que le pouvoir actuel resterait en place, au mépris de toute loi et de toute humanité… On allait bien vite apprendre que la reddition avait été obtenue en échange de ce maintien, avec l’exploitation du sol en bonus…

Mais dans la rue, ça se battait. Le peuple exigeait la justice, et on ne pouvait pas le lâcher. Alors, on tirait. Tant qu’on n’avait pas pour ordre de se barrer, on tirait. Et c’est comme ça que mon frère d’armes s’est fait descendre…
On pensait se battre pour une cause, on l’a juste fait pour enrichir des marchands d’armes étrangers et des industriels en vrac…

Que va-t-il rester de tout ça ? Un pays en ruines et qui est une poudrière prête à éclater à nouveau, des noms sur des monuments et quelques gerbes de fleurs, des esprits brisés, et du fric par paquet chez les industriels, les seuls à vraiment profiter de ce qui est la nature même de l’être humain, à savoir se foutre sur la gueule, et tant pis pour les causes. Après tout, elles ne sont que des mots qui filent dans l’air, pas des billets qui filent dans les poches…

Un immense gâchis, une paix artificielle, une vaste mascarade… La guerre ne change jamais, et ne change rien. Comme le dit un célèbre personnage, y a pas de héros dans une guerre. Les héros meurent ou finissent en taule. Il avait raison, je l’ai constaté, et on les oublie avec leurs idéaux et leurs causes, les seules raisons de se battre… Si seulement on le faisait autrement qu’au fusil. L’expression des idiots et des suicidaires. Après tout, l’armée n’est pas réputée pour son intelligence…

Connerie d’Humanité.

Civisme

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C’était son vingtième anniversaire. Enfin, comme tous les autres, il était vraiment un citoyen de New Heaven, jouissant pleinement de tous ses devoirs civiques. Un cap important à franchir pour chaque habitant de ce nouveau paradis, qui recevait un objet bien spécifique symbolisant à la fois ce passage et les responsabilités qui lui incombaient désormais. C’est ainsi que Wayne se vit remettre, en ce jour si spécial, le CRS, Code de Responsabilité Sociale. Comme l’indiquait son nom, le CRS contenait tous les codes gérant la vie sociale et civile à New Heaven. Ce minuscule ordinateur, qui se connectait directement aux systèmes sanguin et nerveux de son propriétaire grâce à de fines aiguilles, se chargeait de rappeler à l’ordre les citoyens qui les oublieraient. Quant à ceux qui refusaient de rentrer dans le droit chemin, un sort spécial leur était réservé… L’Oubli.
Les réfractaires disparaissaient, sans laisser de traces, leurs proches perdaient tout souvenir de leur existence, et tout objet pouvant la rappeler était banni avec eux. Dans les cas les plus extrêmes, quand c’était possible, la maison entière était vidée, prête à être vendue, entièrement nue. Nul ne savait ce qu’était exactement l’Oubli, ni ce qu’on y subissait, et encore moins où c’était. Le seul moyen de savoir était d’y être envoyé, et personne n’en avait l’intention. Sa seule mention dans les règlements du CRS faisait peur aux habitants.

Le lendemain, Wayne allait régler les derniers détails de sa nouvelle citoyenneté.
Les fonctionnaires remplissaient des dossiers un à un, tels des robots cantonnés à une seule et même tâche, vissés à leurs fauteuils devant leurs ordinateurs. Quelques-uns accueillaient les nouveaux citoyens dans leur bureau. Ce fut rapidement le tour de Wayne.
Le bureau était simple, voire spartiate. Des murs blancs sans fenêtre, un bureau au centre de la pièce sur lequel trônait un ordinateur dernier cri avec tous les périphériques intégrés. Quiconque entrait dans un de ces bureaux s’attendait à passer un interrogatoire musclé plutôt qu’une simple formalité. Le fonctionnaire ne leva pas les yeux une seule fois de son écran et s’adressa à Wayne sans le regarder.

Tous les renseignements possibles et inimaginables furent pris. Nom, âge, sexe, adresse, opinions politiques et religieuses, test de personnalité, antécédents, maladies éventuelles… Même ses empreintes digitales et génétiques furent prises par un scanner hautement performant. Chaque aspect de sa vie était désormais connu et fiché, ce qui permit ensuite de calibrer le CRS et ses réactions aux éventuels manquements. En sortant, Wayne se fit bousculer par un homme pressé, et sa réaction ne se fit pas attendre. « Même pas une excuse ? Va te faire mettre, connard ! » put-on entendre dans la rue. Aussitôt, une décharge électrique parcourut les membres de Wayne et un blâme fut imprimé par le CRS.
Sur le papier était écrit « les injures sont un vecteur de haine et sont interdites ». Au moins Wayne avait-il pu se rendre compte rapidement du mode de fonctionnement du CRS et de son caractère dissuasif.
Il ignorait seulement que tout était transmis en temps réel aux Gardiens de l’Ordre, les autorités de New Heaven, qui se tenaient prêts à intervenir au cas où quelqu’un violerait les règles jusqu’à devoir subir l’Oubli.

La journée se passa sans autre incident. Le lendemain, Wayne pensait être tranquille, mais le CRS lui réservait encore des surprises…
En retard à son cours, il se mit à courir en espérant être à l’heure, mais une décharge le stoppa dans sa course après seulement quelques secondes. « Courir en pleine rue est dérangeant pour les gens qui travaillent ou se détendent. Prenez le temps de vivre, courir est interdit ». Plus tard, il enroula son bras autour des épaules d’une amie. La décharge ne tarda pas à arriver pour les deux. « Toute preuve d’affection en public encourage les comportements indécents. » Wayne ne tarda pas à s’énerver et à donner un coup de pied dans le mur. Une fois de plus, la sanction ne se fit pas attendre. « Le vandalisme est interdit, canalisez votre énergie d’une autre façon ».

Wayne décida de ne plus se faire remarquer pour la journée, et attendit d’être chez lui pour analyser le programme du CRS en le liant à son ordinateur. Ce qu’il vit le stupéfia. La liste des codes, règles et autres interdictions était si longue qu’elle faisait passer l’histoire intégrale des Rougon-Macquart pour un texte expédié en deux heures ! Chaque petit élément de la vie était régi, et presque tout était interdit. De la musique en public ? Interdit. Rire dans la rue ? Interdit. Sortir son portable ? Interdit. Les tenues étaient codifiées selon les occasions, tout comme les attitudes à adopter. Et la liste continuait comme ça encore fort longtemps…
Wayne s’aperçut alors que ce nouveau paradis n’était qu’un paradis artificiel de plus, basé sur le mensonge et la dictature, et sentit en lui l’envie de se battre contre le système pour démanteler cela.

Mais les Gardiens de l’Ordre n’étaient pas du même avis…
Entrer dans le système du CRS était la faute la plus grave possible. Une unité entra de force chez Wayne pour le plaquer au sol et lui signifier son arrestation. Devant son crime, une seule sanction était possible, et il était inutile de passer par un tribunal : ce serait l’Oubli !

Deux des Gardiens emmenèrent Wayne, qui put voir les autres commencer l’effacement de tout ce qui le concernait avant qu’on lui bande les yeux. Le trajet s’arrêta loin de New Heaven, au milieu de nulle part, en plein désert, et le bandeau fut retiré. On pouvait voir la ville s’étendre sur l’horizon, illuminée et magnifique. Wayne fut poussé dans un trou et tomba très bas.
À sa grande surprise, il survécut et découvrit un tout autre monde. Un monde coloré, où les règles n’avaient pas cours, vivant et chaleureux. Tous les parias de New Heaven, les esprits libres, se trouvaient enfermés ici. Voici ce qu’était l’Oubli. Une cité souterraine où les Gardiens de l’Ordre laissaient les condamnés exilés livrés à eux-mêmes.

Wayne sentit la colère monter en lui. Tant qu’il était vivant, il pouvait se battre contre tous ces codes abusifs, qui détruisaient la créativité et formataient les esprits. Mais il lui fallait d’abord trouver un moyen de sortir, avant d’attiser une révolte…

Chronos

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La Grande Horloge dominait la ville de toute sa hauteur, majestueuse, visible par tous, de même que ses cadrans. L’un d’eux montrait l’heure, mais les autres étaient plus étranges, leurs aiguilles semblaient se déplacer de façon erratique, parfois avançant, parfois reculant… Personne ne comprenait à quoi ils servaient, et ceux qui avaient tenté de le savoir avaient totalement disparu. Les Gardiens du Temps étaient venus les chercher après avoir appris qu’ils posaient des questions au sujet de la Grande Horloge, et les avait emmenés. Puis les familles avaient reçu une lettre disant que la personne emmenée était simplement partie, sans rien, pour repartir à zéro, ailleurs, loin d’eux…

Si personne n’était vraiment dupe au point de se laisser prendre à un mensonge aussi grossier, personne n’osait courir le risque de chercher ce qui était arrivé à tous ces gens. Et, rapidement, le mystère qu’est la Grande Horloge resta dans les esprits, mais jamais la moindre question ne fut plus posée en public. Les archives autorisées n’en disaient pas grand chose, de leur côté. Tout au plus apprenait-on qu’elle avait été bâtie bien des siècles plus tôt par une civilisation aujourd’hui vraisemblablement disparue, et que ses fonctions n’étaient plus connues de personne depuis. On pouvait aussi lire que les Gardiens du Temps ont existé dès la fin de la construction, et qu’on leur a confié comme mission de protéger la Grande Horloge et ses secrets, jusqu’à la fin des temps… La civilisation originelle n’était plus là, mais l’ordre des Gardiens, lui, continuait, et remplissait son devoir par tous les moyens. Si quelqu’un savait ce que cachait la Grande Horloge, c’était eux.
En sortant des archives, les questions se bousculaient dans la tête de Michael. Pour cet ancien policier qui a toujours placé la vérité par-dessus tout, la Grande Horloge ne pouvait rester un mystère insondable, à la seule disposition d’une petite poignée de personnes. Il lui fallait accéder aux secrets des Gardiens, mais les dirigeants étaient bien incapables de l’aider, l’ordre étant indépendant, et frapper à leur porte pour poser des questions s’apparentait surtout à un suicide.

Il lui fallait s’introduire à l’intérieur. L’étude des rondes des Gardiens du Temps finit par lui faire voir une ouverture, un accès par les conduits d’aération, qu’il décida d’exploiter. Après plusieurs minutes difficiles, il sortit enfin du conduit, décidé à savoir tout ce que cachaient la Grande Horloge et ses gardiens. Ce qu’il vit le subjugua. Des formes éthérées et indéfinissables flottaient dans les couloirs de l’horloge, remplis de cristaux qui semblaient faire tourner les cadrans auxquels ils étaient reliés. Certains s’éteignaient, d’autres se rallumaient, créant un kaléidoscope de lumières et de couleurs toujours incompréhensible aux yeux de Michael.

Après quelques secondes de contemplation, il reprit ses esprits et décida de trouver un uniforme. Traversant plusieurs des formes indéfinies, il réussit à aller jusqu’à un vestiaire sans se faire voir, et à enfiler un uniforme des Gardiens du Temps. Son exploration pouvait vraiment débuter. Chaque étage renvoyait le même décor, à des échelles et couleurs différentes. Seuls les deux derniers étaient différents. L’avant-dernier étage était composé des bureaux de l’ordre, où s’entassaient des dossiers sur d’éventuels dissidents. On pouvait aussi observer l’immensité de la ville à travers la baie vitrée qui entourait l’étage. Soudain, un gardien surgit du couloir en face de Michael, qui resta pétrifié. En partie par crainte d’être découvert, mais surtout par ce qu’il voyait.
Le Gardien du Temps ne portait pas son casque, et son visage aurait terrifié n’importe qui. Son orbite gauche était vide et on distinguait l’os autour. Tout son côté droit était ridé, mais le gauche était assez jeune, une partie de ses lèvres avait disparu, et ses cheveux étaient parsemés de quelques mèches blanches… Il semblait à la fois jeune et vieux, vivant et mort, perdu dans les méandres du Temps. Après son passage, Michael reprit ses esprits tant bien que mal avant d’atteindre le dernier étage, celui qui cachait tous les secrets de la Grande Horloge. L’endroit ressemblait à une salle de contrôle, avec des moniteurs partout et des données qui défilaient. Au cœur de la salle principale, un poème.

Gardiens de l’œuvre de Chronos
Observez les ravages du Temps
Veillez sur son bon fonctionnement
Protégez bien ses secrets
Ainsi que la vérité
Et Chronos deviendra un jour Thanatos

Tout s’éclairait pour Michael. La Grande Horloge avait pour but d’égrener les heures qui séparaient chacun de la mort. Chronos était Thanatos, le Temps était la Mort, une mort lente et inarrêtable, et l’arrêt d’un cadran signifiait la mort d’une personne. L’arrêt de l’horloge serait la fin des temps… Les formes éthérées étaient sans doute les âmes de ceux qui étaient encore vivants, qui perdaient de leur éclat à mesure que le cadran avançait, et les Gardiens du Temps étaient prisonniers des limbes temporelles, appartenant à tous les temps à la fois.
La vérité lui était connue, il lui fallait maintenant la raconter, faire comprendre ce qu’était la Grande Horloge. Mais il était trop tard. Les systèmes de sécurité, invisibles et insonores, avaient fait leur office et il était surveillé depuis qu’il avait commencé à gravir les étages dans son uniforme. Les Gardiens du Temps s’emparèrent de lui rapidement, avant de lui faire comprendre que la vérité ne devait pas sortir, et qu’il allait devenir à son tour un des leurs, à jamais lié à la fois au Temps et à la Mort, à Chronos et Thanatos, qui sont liés et une seule entité jusqu’à la fin des temps…

(Im)Perfection

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L’usine tournait à plein régime, avec des clones produits à la chaîne par les robots-ouvriers. Des modèles standardisés, beaux à l’œil, avec juste quelques vagues différences en guise de diversité, et éduqués rapidement dans le culte de la pensée unique qui régit cette société. Les injecteurs de connaissance piquaient consciencieusement les clones, leur insufflant des années de savoir bien trié sur le volet, afin de les garder dans le droit chemin du troupeau qu’ils constitueraient par la suite. Puis ce fut l’habillement et le travail intensif qui débutait, avant de se lancer dans une relation montée de toutes pièces selon un modèle social idéal.

Dans la jungle des bas-fonds vivaient les derniers humains normaux, sales, malades, différents, socialement et physiquement difformes aux yeux des Élus, les dirigeants choisis, qui les laissaient vivre et mourir sans se soucier d’eux tant que rien n’entachait la bonne marche du Système Social Idéal, la nouvelle norme. Les idées et réflexions à l’encontre du SSI allaient bon train, dans cette société souterraine, mais nul n’osait les mettre en application, tant la peur paralysait les esprits.
Les Élus avaient placé une surveillance permanente dans les rues, le moindre écart de conduite au code du Système signifiait au mieux l’enfermement et l’isolement permanents, en guise d’exemple, au pire la mort immédiate pour les atteintes les plus graves.

Malgré tout, un homme, seul, osait préparer une véritable action. Ancien scientifique ayant participé au programme de clonage originel, il savait comment créer un clone spécial, un grain de sable qui viendrait gripper la machine. Il lui avait fallu du temps pour récupérer le matériel nécessaire pour recréer une machine à clonage et un injecteur de connaissances, mais personne ne se doutait de ce que ferait un pauvre clochard de quelques morceaux de métal et de pièces informatiques récupérés de ci de là…
Après bien des semaines de travail, il avait enfin réussi à synthétiser un clone. Un clone volontairement moins beau que les modèles standards, mais avec des idées qui ne rentrent pas dans les règles du SSI. Au début, cet être synthétique ne faisait que quelques tags sur les murs, à l’écart des regards, puis sa révolution se fit de plus en plus active, jusqu’à s’imposer parmi les autres clones, horrifiés qu’un être aussi imparfait et rebelle puisse exister.
Malgré tous leurs efforts, les soldats des Élus ne purent le capturer, il était prêt à tout pour se défendre et propager son combat. Prêt à tout pour vraiment vivre. Son combat séduisit rapidement bien des gens, il éveillait en eux une envie d’en savoir plus, malgré une apparence plus repoussante que la plupart.

La révolte s’étendit, menée par le clone et par les laissés pour compte, touchant chaque classe de la société et faisant trembler les Élus, jusqu’à la fin du SSI et la liberté, au prix de combats et de morts multiples. Mais il valait mieux, pour eux, mourir libres que vivre esclaves…
Beaucoup pestaient contre le résultat, arguant que le chaos régnait, que ce monde était désormais perdu… Mais une seule idée continuait de guider la nouvelle société qui naissait.

Il n’y a de perfection que dans l’imperfection, la diversité, et la liberté, pas dans la fausse perfection et le contrôle. Aucune apparence ne traduit la valeur réelle d’un être ou d’une société.

Le Marcheur de Rêves, texte 3 : Le Cœur des Rêves

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Le coup de feu de l’Homme des Abysses résonna jusqu’au Cœur des Rêves, troublant la quiétude du lieu. Le Cœur des Rêves n’était autre que la zone centrale liant les rêves entre eux pour former un monde complet, et les actes de l’Homme des Abysses le mettaient en danger.
Sa violence rompait l’équilibre, et inquiétait le Maître Rêveur, qui observait de loin son avancée et celle du Marcheur. Il était comme un témoin invisible et silencieux du duel auquel se livraient les deux aventuriers à travers les rêves. Mais il était préoccupé par quelque chose de bien plus grand…

- Si la situation continue, l’un et l’autre seront incontrôlables, pris dans une frénésie destructrice dirigée vers l’autre… Il faut stopper ça.
- Mais comment, Maître ? demanda l’assistant qui était avec lui, qui s’affairait dans le même temps à vérifier que le Cœur des Rêves fonctionnait parfaitement bien.
- Je ne vois guère que deux options… Neutraliser l’Homme des Abysses, c’est le plus violent des deux. Ou les amener ici, les confronter à la réalité des rêves… Et les y enfermer.
- Il y a bien une troisième option…
- NON ! répondit le Maître Rêveur sur un ton qui ne laissait pas place à la réplique. Il est absolument hors de question que l’on en arrive là. Tu n’as pas idée de ce que ça pourrait faire, de la folie qui pourrait naître… Il se pourrait que ça détruise les rêves. Et, par là, l’ensemble de toutes les réalités. N’oublie pas que c’est d’ici qu’elles naissent toutes. Non, je ne peux pas prendre un tel risque.

Le Maître Rêveur retourna s’asseoir devant la baie d’observation du Cœur des Rêves. Cet imposant espace circulaire transparent offrait un point de vue imprenable sur les monde des rêves, en-dessous du Cœur. Quiconque y regardait pouvait y voir la totalité de l’univers onirique, quelle que soit la distance. Le Maître y voyait où la situation tournait au cauchemar, où se trouvaient le Marcheur de Rêves et l’Homme des Abysses, espérant toujours qu’ils soient très éloignés, dans deux esprits différents et lointains. C’était justement le cas en ce moment.
Mais le Marcheur de Rêves s’approchait de plus en plus des dernières traces du dernier crime de l’Homme des Abysses. La situation ne préoccupait pas encore beaucoup le Maître Rêveur.

- Qu’il constate ce que l’objet de son obsession a fait. Cela devrait suffire à lui faire prendre conscience de la vacuité de sa quête. Ils ne peuvent pas se tuer. Du moins… Ils ne le doivent pas… Ce serait la fin de tout.

Le Maître s’enfonça dans son siège, soupirant, les traits tirés. Il savait que cet affrontement ne pouvait pas bien se terminer, et se demandait quelle attitude adopter. Son assistant, lui, vérifiait les Piliers Oniriques, véritables indicateurs de santé du monde des rêves, et surtout du Cœur. Et ce qu’il vit le terrifia.

- Maître !!! Les Piliers commencent à faiblir ! Il y a bien trop d’énergie négative, le Marcheur aura bien du mal à gérer le problème seul !
- Nous n’interviendrons pas. Ce serait bien trop risqué, pour nous comme pour le monde. Pour l’instant, ils peuvent réussir à se contrôler mutuellement.
- Et si ce n’était plus le cas ? insista l’assistant.
- Alors… Il me faudrait intervenir, et tu n’aurais plus qu’à espérer que tout se passe bien. Mais pour l’instant… Observons.

Et ils observèrent. Ils observèrent l’avancée des deux antagonistes, pendant que le Maître Rêveur restait préoccupé par leur lourd secret. Plus l’Homme des Abysses détruisait, et plus le Marcheur aidait et reconstruisait, parfois à en tomber de fatigue. Seule la perspective de retrouver son alter ego le maintenait debout, quoi qu’il arrive. Alter ego qui riait aux éclats pendant que le Marcheur pleurait, redoutant la confrontation, et la conséquence annoncée par l’Homme des Abysses.
Le Maître Rêveur la redoutait encore plus. Pour le monde, pour lui… Et pour le duo antagoniste. Incapable de prendre une décision quant à la façon de les arrêter, il observait le monde des rêves, le regard perdu dans son immensité. Un phénomène étrange attira soudain son attention. Un univers venait de naître, à part, vide et éloigné de tout. Le Marcheur de Rêves et l’Homme des Abysses semblaient s’y diriger.

Le Maître se leva, paniqué. Il savait ce que cela voulait dire. Les Piliers faiblissaient de plus en plus, et les cauchemars s’unissaient dans un seul esprit, vers lequel les deux antagonistes étaient irrésistiblement attirés. Quand ils se rejoignirent enfin, le Maître observa la conversation, l’esprit enfiévré. Mais il savait qu’il devait intervenir, cette fois, d’une façon ou d’une autre.

Le Maître Rêveur se leva, un air grave inscrit sur le visage.

- Si tu es croyant, prie. Sinon, espère… Il faudra beaucoup des deux pour que tout se termine bien… Lança-t-il à l’adresse de son assistant.

Et il disparut dans les terres oniriques, laissant celui-ci seul face aux Piliers, avec l’espoir que toutes les réalités survivent à la rencontre dans le Néant…

Le Marcheur de Rêves, texte 2 : L’Homme des Abysses

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Le temps avait passé depuis la disparition du jeune homme. Mais même le Marcheur de Rêves aurait été bien incapable de dire combien de temps exactement… Il avait repris sa marche, solitaire, sans but précis, errant d’esprit en esprit, sentant la présence de cet homme en noir partout où il allait.
Sans savoir pourquoi ou comment, il comprenait que leurs destins étaient liés, et il lui fallait comprendre les paroles de cet homme. Plus il y réfléchissait, et plus il se sentait perdu… Était-il bien présent à chaque fois ? Après tout, seul le Marcheur avait pu le voir et lui parler, jusqu’à maintenant. Et s’il n’était qu’un rêve dans cet univers, celui du Marcheur ? Il se sentit rapidement obligé de prendre du repos. Il lui semblait que la folie était toute proche de s’emparer de sa raison, à force de remettre en cause les bases même de sa vie.
Il quitta les froides terres pluvieuses où il se trouvait alors pour découvrir, quelques pas plus loin, une nuit au ciel constellé d’étoiles, sans le moindre nuage, un endroit propice à la méditation, au calme, et au repos.

Ailleurs, un cauchemar naissait…
Un homme était pourchassé. Sa course et sa respiration suivaient le même rythme effréné, alors qu’il essayait d’échapper au monstre lancé à sa poursuite. Le château était un véritable labyrinthe, mais rien ne semblait pouvoir détourner la créature, qui restait sur la piste de sa proie.
A l’extérieur, sous la pluie, l’homme vêtu de noir observait, impassible, pendant que le vent battait son manteau. Un sourire en coin sadique se dessina sur son visage, pendant que la pluie tombait sur son visage, s’écoulant lentement sans lui provoquer aucune gêne.

La créature, une sorte de griffon avec une gueule pleine de crocs acérés, finit par rattraper l’homme, et le saisit à la jambe. Il hurla sous l’effet de la douleur, frappa la tête de la bête, mais elle ne le lâcha pas, le serrant plus fort. Le sang coulait sur le sol, et l’homme vêtu de noir s’approcha, arborant toujours son sourire. Son rire fendit soudainement les cieux, se répercutant dans les murs du château. Il se baissa vers le blessé, dont la jambe était toujours prise entre les dents de la créature.

- Il est temps d’arrêter de courir, dit-il. Si tu ne sais pas pour quel péché tu vas payer, l’Homme des Abysses, lui, le sait.

La peur s’empara du visage de l’homme blessé. Il connaissait la légende de l’Homme des Abysses. On l’appelait ainsi car il pénétrait dans les abysses des esprits et des cœurs, trouvant le moindre élément pouvant placer un être face à sa nature. Il pouvait aussi lui arriver de simplement éliminer quelqu’un, pour des raisons connues de lui seul. On disait aussi qu’à son arrivée, sa victime était plongée dans un sommeil magique, que nul ne pouvait contrarier. Du moins, c’est ce qu’on racontait. Mais ce n’était qu’une légende… Et que sont les légendes, sinon des contes pour endormir les enfants ?

- L’Homme des Abysses… Haha… Voilà un vrai cauchemar, bien insensé…
- Vraiment ? Et qui es-tu pour dire ce qui est vrai ou pas ? Ce a qui du sens ou non ? Après tout, ce que tu vis là n’est rien de plus que l’expression de ton être véritable.
- Ce n’est pas réel ! Je vais me réveiller, et oublier tout ça.

L’Homme des Abysses ricana légèrement à cette réplique.

- Oh, pour sûr, tu vas te réveiller. Tu vas oublier. Et ce sera définitif dans les deux cas, je peux te l’assurer. Il est temps de t’éveiller à la dure réalité. Aurais-tu encore quelque chose à dire ?
- Va pourrir en Enfer !
- Haha… Un jour viendra où je prendrai ma réservation, sans doute. Mais ce ne sera pas aujourd’hui…

L’Homme des Abysses sortit son revolver du holster sur son flanc, et le pointa lentement sur la tête de l’homme.

- Alors, tu ne te réveilles pas ? demanda-t-il lentement.

Son doigt pressa la détente. L’homme s’écroula, mort, ne s’éveillant pas. La créature le lâcha, avant d’aller disparaître dans l’horizon, pendant que l’Homme des Abysses s’éloignait, en quête d’un nouvel esprit.

Le Marcheur de Rêves se réveilla en sursaut, surpris par la détonation d’un coup de feu, qui semblait provenir de loin. Et il savait pertinemment qui avait tiré… Des larmes coulèrent légèrement sur ses joues, alors qu’il se levait et reprenait sa marche. Il pleurait pour la victime, mais aussi pour ce qui allait fatalement finir par arriver, l’affrontement final entre lui et cet homme en noir, dont il ignorait encore beaucoup de choses…

Tout comme il ignorait encore ce qu’impliquaient leur opposition et leurs pouvoirs respectifs.

Le Marcheur de Rêves

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Il voyage, seul, d’une terre à l’autre. Il traverse des mondes différents les uns des autres et pourtant tous liés. D’un simple pas, il passe d’un désert peuplé de monstres à une forêt humide remplie de lutins. Partout où il passe, on le prend pour un fou quand il raconte ses histoires, mais il attire des dizaines de badauds avides d’aventures. On l’appelle le Marcheur de Rêves, celui qui vit dans les rêves. Lui accepte ce surnom, mais parce qu’il dit marcher dans les rêves du monde.

Quand on lui dit qu’il est fou, il répond que la folie et la réalité sont relatives. Après tout, tant qu’on rêve, qui peut dire où est la réalité ?
Quand on lui demande quels sont ses rêves, il répond qu’il ne rêve pas, qu’il n’a jamais rêvé. Pourquoi rêver quand on vit à travers les rêves des autres ? Les rêves sont sa vie, sa vie est un rêve. Voilà comment il se définit.

Tout le monde l’a vu au moins une fois et a quelque chose à dire sur lui. Beaucoup le croient fou, lui les considère comme endormis et aveugles face au monde qui les entoure et au pouvoir de la réalité des rêves. Alors, il voyage seul, incompris, isolé.

Pourtant, il y a un jeune homme qui le croit, qui est curieux, lui pose des questions, veut comprendre, et le suit à chacune de ses étapes.

- Si tu traverses les rêves, cela veut-il dire que nous sommes nous-mêmes des rêves ? lui demanda un jour le jeune homme.
- Pour moi, ces rêves sont la réalité, et tu es aussi réel que moi ou n’importe qui. Interroge-toi plutôt sur ce qu’est la réalité, et si les rêves n’en sont pas une extension. Voire même l’expression.
- Par définition, c’est impossible, et…
- Et pourquoi ? dit le Marcheur en lui coupant la parole et se retournant vers lui. En quoi est-ce impossible ? Qu’est donc la réalité, selon toi ? Ce que tu peux voir, sentir, toucher, ou toute autre sensation ? Si oui, alors, pourquoi tout ce que tu vois là ne serait-il pas réel ?

Le garçon resta la bouche grande ouverte face à cette question, voulant répondre, mais ne sachant pas quoi. La logique du Marcheur le désarçonnait et le faisait vaciller sur l’autel de ses certitudes.
Le voyage continua, à travers des paysages irréalistes, mais pourtant si réels. Comment une montagne pouvait-elle flotter au-dessus d’un désert, lui-même traversé par une rivière, où buvaient des animaux nés de plusieurs races ? Il n’y avait pas de réponse, mais c’était là, devant les yeux du jeune homme, et il pouvait en sentir chaque odeur.

Soudain, le Marcheur tira un coup de feu, abattant une créature semblable à un poulet. Il allait dépecer sa proie et préparer un feu pour le repas quand le jeune homme revint lui parler.

- Il… Il est mort ?
- Bien sûr. Et on va bientôt pouvoir manger.
- Je veux dire… Si ceci est un rêve, alors… On peut mourir dans un rêve ?
- Que t’ai-je déjà dit à ce sujet ? Si tu peux te sentir mourir ici, tu mourras aussi sûrement qu’ailleurs. Pourquoi la douleur et la mort ne seraient-elles pas réelles, si on peut les ressentir ? Ne sous-estime JAMAIS le pouvoir d’un rêve sur la réalité, en supposant que tu ne sois pas en pleine confusion entre les deux.
- Mais si ce n’est qu’un rêve, la mort est un réveil…
- Et si ce n’est pas un rêve ? Fais très attention. Naviguer entre les deux univers peut être troublant.

Les deux acolytes commencèrent leur repas, sous les yeux d’un troisième homme, debout au sommet d’une colline un peu plus loin. Celui-ci sortit soudain un fusil surmonté d’une lunette. Invisible, dans la lumière du soleil qu’il avait dans le dos, il prenait le temps de viser.
Le coup partit pendant que le jeune se relevait, la balle traversant sa poitrine de part en part avant de s’écraser dans le sable.
La victime tomba sur les genoux, la main sur la poitrine, ne pouvant endiguer le flot de sang. En voyant sa main couverte du liquide vital, le jeune homme se mit à légèrement sangloter.

- Ce n’est pas possible… On ne peut pas saigner dans un rêve… Je vais me réveiller, maintenant, et revenir plus tard…

Mais le Marcheur de Rêves, lui, ne disait rien. Il savait que les rêves des gens étaient sa réalité, qu’il y vivait et y mourrait. Et il savait que quelqu’un mort dans un rêve ne pouvait plus revenir, car il ne pouvait plus rêver. Le jeune homme était mort dans la réalité des rêves.

Comme le lui avait dit le Marcheur, si on peut ressentir les choses, pourquoi ne seraient-elles pas réelles ? Ce fut sans doute la dernière question qu’il se posa, avant de s’éteindre. On le retrouva mort dans son lit, sans aucune explication rationnelle. Il n’était pas le premier à mourir ainsi, sans raison, au cours de la nuit, et il ne serait sans doute pas le dernier.

Le Marcheur, lui, continuait d’explorer l’étendue infinie des terres des rêves, éliminant les causes de cauchemar, vivant seul, pourchassé par cet homme vêtu de noir qu’il ne réussissait ni à fuir, ni à tuer.
La dernière fois qu’il essaya, l’homme lui dit que le tuer serait un suicide et qu’ils mourraient tous les deux.

- Qui es-tu ? lui demanda le Marcheur.
- Toi. Ton ombre. Tes ténèbres. Choisis.

Et il disparut à nouveau sur ces paroles, prêt à semer la mort dans le sillage du Marcheur comme il venait de le refaire aujourd’hui.
La colère et la frustration l’envahissaient. Il était le Marcheur de Rêves, celui qui passe à travers le monde des rêves où tout devient possible, et il ne pouvait éliminer cette menace… Il savait que la clé de ce mystère existait, quelque part, dans un esprit.

Mais il n’imaginait pas où le mènerait cette quête folle…

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